Municipales 2026 : une France mosaïque

Derrière les discours triomphants des responsables politiques nationaux qui ont joué le jeu de l’hyperprésidentialisation, les élections municipales confirment la réalité d’un pays fragmenté, où les inégalités territoriales structurent le vote et éloignent une partie croissante de la population des urnes. Le paysage politique est marqué çà ou là par des alliances multiples, une prime au sortant ou un certain dégagisme. Et la coloration politique de notre pays est mosaïque, que vous habitiez dans les centres-villes, la banlieue, la ruralité, que vous naissiez riche ou pauvre.

Dans beaucoup de communes populaires, l’abstention reste massive. Elle traduit moins un désintérêt qu’une défiance envers des institutions perçues comme incapables de répondre aux urgences sociales : logement, emploi, sécurité, santé. Là où les politiques d’austérité ont affaibli les communes, le sentiment d’abandon progresse. Et même si le bloc de gauche se maintient autour de 30 %, nombre d’équipes progressistes ont été les victimes collatérales des politiques libérales mortifères. Pourtant, ces élections font aussi mentir les scénarios nationaux et fatalistes.

Elles montrent que des alternatives existent. Les listes menées par le PCF et ses alliés ont confirmé un ancrage territorial, nous pesons directement sur près de 2,5 millions de citoyen·nes, sans compter nos élus dans des majorités ou dans l’opposition. Nîmes, Montreuil, Vitry font partie des grandes villes de France où l’innovation politique prévaut.

Des équipes ancrées à gauche, et notamment communistes, ont maintenu un lien étroit avec les habitants en investissant dans les services publics, la solidarité ou l’écologie populaire. Mais ces points d’appui restent fragiles face à la montée de forces réactionnaires qui exploitent la colère, la haine, la division et l’individualisme, sans jamais s’attaquer aux causes réelles. Fragile aussi quand l’union à gauche reste « technique » et non basée sur des accords programmatiques. Notre force progressiste passe aussi par des élu·es formés et organisés et une politique de cadre efficace, la Coopérative des élu·es prendra toute sa place au cœur de ces enjeux.

Résister et innover localement reste indispensable. Mais il faut aussi reconstruire un récit national capable de redonner espoir aux classes moyennes et populaires. Cela passe par une rupture nette avec les politiques libérales, par un réinvestissement dans les services publics, par une démocratie collective, partagée et participative. Cela exige une gauche responsable, capable de dépasser ses certitudes et de convaincre au-delà des rangs de ses électeurs historiques, pour refaire de l’intelligence politique, adaptée aux conditions du réel et « révolutionner ce monde pour transformer pratiquement l’état de notre société ».

Chronique de Philippe Rio parue dans l’Humanité du 25 mars 2026

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