Rencontre du 3e tour : Amandine Demore, de militante à maire d’Échirolles et voix nationale

Une cheffe d’orchestre désormais totalement légitime. Amandine Demore a été réélue le 22 mars maire communiste d’Échirolles, deux ans et demi après son arrivée à la tête de la deuxième commune de l’agglomération grenobloise (37 000 habitants·e·s). Souriante et posée, elle ne revendique ni coup d’éclat ni posture. « Devenir maire, ça change tout », constate-t-elle simplement pour résumer l’ampleur du changement. Première adjointe de Renzo Sulli, elle a pris la suite dans un cadre préparé, mais avec sa méthode : travail, maîtrise des dossiers, présence constante. Les débuts ont été marqués par le doute — « le sentiment de ne pas être légitime » — qu’elle analyse comme une expérience largement partagée par les femmes en responsabilité. Elle y a répondu par l’engagement, une double ration de travail, et par une relation directe avec les agent·e·s et les habitant·e·s, avec le souci permanente de répondre aux enjeux du quotidien par la proximité et l’efficacité du service public communal.

Toutefois les enjeux auxquels Amandine Demore est confrontée l’ont rapidement conduite à développer une vision plus large. À Échirolles comme dans l’agglomération grenobloise, la question de la sécurité est devenue prioritaire. Trafics organisés, tirs d’armes à feu, pression sur certains quartiers : « des habitants vivent dans la peur », dénonce-t-elle. Face à cette réalité, Amandine Demore s’est imposée comme une voix identifiée parmi les élu·e·s communistes sur les enjeux de tranquillité publique et de lutte contre les trafics. « Nous avons des choses très importantes à apporter au débat national : on vit sur le terrain avec les habitants », souligne l’élue.

Sa ligne est claire : refuser l’opposition entre exigence de sécurité et valeurs de gauche. La maire d’Échirolles plaide pour un réinvestissement massif de l’État, à commencer par le retour d’une véritable police de proximité. « Les liens sont brisés avec une partie de la population des quartiers populaires qui sont soumises aux formes les plus violentes du trafic. Ils disent que quand la police vient c’est pire. On a besoin de changer de doctrine radicalement : bien sûr il faut réprimer mais on a besoin d’une police actrice du lien social et du service public qui reprenne pied dans les quartiers », insiste-t-elle. Cette exigence, elle l’a portée directement auprès de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau et comme du nouveau Laurent Nunez, en réclamant des moyens supplémentaires pour le territoire et la création d’un commissariat de plein exercice à Échirolles, soutenue par une mobilisation de 5 000 signatures.

Au-delà du cas local, elle interpelle l’État sur ses responsabilités nationales. Elle a ainsi porté la voix de la délégation de la Coop à l’Élysée, le 17 avril dernier, aux côtés de la nouvelle maire de Grenoble, Laurence Ruffin (divers gauche) avec qui elle développe une relation de confiance et de coopération.  Amandine Demore appelle à donner à la police et à la justice les moyens de mettre en œuvre les outils législatifs récents, notamment dans la lutte contre le narcotrafic. Pour elle, la crédibilité de l’action publique repose sur cette capacité à agir concrètement contre les réseaux structurés, sans abandonner les territoires. 

Pour une politique de prévention à la hauteur

Mais Amandine Demore refuse une approche uniquement répressive. Elle met en garde contre une politique qui se limiterait à la culpabilisation des consommateurs. « La consommation massive de drogue en France dit quelque chose de plus profond », analyse-t-elle. Addictions multiples, mal-être, précarité sociale : la réponse doit être globale. Elle appelle à une politique nationale de prévention à la hauteur, articulant santé publique, accompagnement social et perspectives pour la jeunesse.

Dans cette logique, elle défend une approche cohérente : réprimer les trafics, oui, mais aussi reconstruire des repères. Cela passe par les services publics, l’éducation, la présence humaine dans les quartiers. À l’échelle municipale, elle assume des outils concrets — police municipale armée, vidéoprotection — qu’elle encadre strictement, tout en rappelant leurs limites. « Rien de magique », dit-elle, soulignant qu’ils ne remplacent ni l’État ni le travail de fond. « Il peut y avoir une vraie politique de sécurité de gauche : on porte une partie de la solution » défend l’élue qui en fait une question de justice sociale : « ce n’est pas dans les communes aisées que le narcotrafic fait le plus de ravages, mais auprès de nos populations ».

Photo © Nicolas Cleuet

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