Alors que les services publics sont mis sous pression, les élu·e·s locaux doivent plus que jamais porter une vision cohérente, accessible et solidaire de l’action publique. Santé, mobilités, protection sociale des agent·e·s des fonctions publiques territoriale et hospitalière : sur ces trois fronts essentiels, Jean-Luc Gibelin, vice-président de la Région Occitanie et ancien syndicaliste, éclaire les voies possibles d’un engagement concret et transformateur.
Santé : replacer l’humain au cœur du soin
L’un des défis majeurs du système de santé réside dans la perte de sens pour les professionnel·le·s, liée à une marchandisation croissante du soin et à une déshumanisation des pratiques, notamment en psychiatrie. Face à cette crise, il est urgent de refonder une politique de santé publique à hauteur d’humain, avec des moyens suffisants et une reconnaissance pleine des métiers du soin.
Jean-Luc Gibelin en témoigne : « J’ai été formé à la dimension humaine, à la relation humaine. L’infirmier de secteur psychiatrique, c’est le temps humain. C’est ce dont nous avons besoin ; c’est ce qui fonde notre lien social. » Infirmier de formation, il a exercé dans le centre hospitalier intercommunal Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois, avant de réussir les concours de cadre puis de cadre supérieur de santé. Il accède au tour extérieur de directeur d’hôpital et devient directeur adjoint au centre hospitalier du Puy-en-Velay, puis, après s’être frotté à Laurent Wauquiez, maire de la cité auvergnate, à l’hôpital Avicenne de Bobigny et de Sète.
Son engagement syndical s’ancre dans cette expérience : responsable de l’Union CGT Santé, puis secrétaire général de la Fédération CGT Santé, il y défend une approche globale, humaine et solidaire du soin. Son parcours illustre un engagement constant contre les logiques gestionnaires et pour la qualité du service rendu aux patient·e·s et aux soignant·e·s.
Mobilités : garantir le droit au déplacement pour toutes et tous
En matière de mobilités, la question est de savoir comment permettre aux habitant·e·s d’un territoire de ne pas être assigné·e·s à résidence, mais au contraire de pouvoir se déplacer aisément, à moindre coût. Cela passe par la possibilité d’un recours massif aux transports en commun, en milieu urbain comme en milieu rural. Cela suppose également des politiques coordonnées entre autorités organisatrices, une tarification attractive et des investissements durables dans les infrastructures.
C’est le pari engagé par la Région Occitanie, où Jean-Luc Gibelin, vice-président en charge des mobilités depuis 2016, a impulsé une politique volontariste : « Nous avons choisi d’augmenter l’offre plutôt que les tarifs. Résultat : + 68 % de fréquentation, contre 30 % au niveau national. » Avec le TER à 1 euro, la gratuité d’usage et l’acquisition de rames modernes, la région se distingue aussi par la stabilité de ses conventions avec l’opérateur public SNCF, sécurisées jusqu’en 2032. Pour garantir la qualité de service du transport ferroviaire, « ce n’est pas le statut des cheminot·e·s qui est en cause, mais le réseau. Il faut régler la question des infrastructures », plaide l’élu.
Militant d’une approche coordonnée des mobilités, il soutient le rôle du GART comme espace de coopération : « L’usager veut aller d’un point A à un point B sans se soucier des frontières administratives. Le GART permet une approche intégrée, sans couture. »
Protection sociale : défendre les spécificités de la CNRACL
Alors que les réformes successives ont fragilisé les régimes de retraite, il devient crucial de garantir aux agent·e·s des fonctions publiques territoriale et hospitalière des droits adaptés à leurs réalités. Cela suppose de préserver les marges de manœuvre de la CNRACL, de veiller à la qualité du traitement des dossiers et de protéger le statut des fonctionnaires, qui fonde l’indépendance et l’efficacité de l’action publique locale.
Administrateur puis vice-président de la Caisse de retraite des agents territoriaux et hospitaliers (CNRACL), Jean-Luc Gibelin insiste sur ce rôle-clé : « Trop de retraité·e·s partent avec des dossiers incomplets. Il se joue la possibilité d’adapter et de gérer les situations individuelles dans un cadre collectif. » Il rappelle que la CNRACL a contribué à hauteur de 100 milliards d’euros à d’autres régimes, avant d’entrer elle-même en déficit, victime des politiques de ponctions sur les fonds des collectivités : « Les collectivités ne sont pas responsables du déficit de l’État. C’est inacceptable de leur imposer une rigueur injustifiée », déplore-t-il.
Il alerte également sur les attaques contre le statut de la fonction publique territoriale (construit en 1982 par Anicet Le Pors, ministre communiste) et hospitalière : « Ce n’est surtout pas un privilège lorsqu’on observe les retraites moyennes des catégories C, très majoritaires, avec des carrières incomplètes et souvent féminines. » Pour lui, « le droit à la retraite compte. 80 ans après Croizat, il ne doit pas être banalisé. »
Son attachement au statut de la fonction publique territoriale et hospitalière (construit en 1982 par Anicet Le Pors, ministre communiste), qu’il considère comme un pilier démocratique, est intact : « Ceux qui veulent tout supprimer par populisme oublient qu’il s’agit avant tout de droits concrets pour des femmes et des hommes. »









