Bouches-du-Rhône : la Coop veut faire front face aux fractures territoriales et à la poussée du RN

De Martigues à Aubagne, en passant par Marseille, Le Rove, Septèmes-les-Vallons ou Port-de-Bouc, Philippe Rio, président de la Coopérative des élus communistes, républicains et citoyens (Coop), a conduit une délégation dans les Bouches-du-Rhône. Une immersion de plusieurs jours au plus près des réalités locales pour nourrir une réflexion nationale sur les politiques publiques, la démocratie communale et la riposte à l’extrême droite.

« Ici, les élus construisent. » C’est le sentiment qui domine au terme de cette délégation conduite par Philippe Rio, maire de Grigny et président de la Coop. Dans les Bouches-du-Rhône, les échanges avec les maires, adjoints et élus communistes ont dessiné le portrait d’un territoire où les collectivités innovent malgré des contraintes financières de plus en plus lourdes.

À Aubagne, commune de près de 50 000 habitants, la visite a permis de mesurer les défis auxquels sont confrontées les villes méditerranéennes. Le maire, également sapeur-pompier professionnel, a détaillé les difficultés liées au risque incendie alors même que les obligations de débroussaillement reposent largement sur les maires, chargés de mettre en demeure les propriétaires sans disposer des moyens humains et financiers suffisants. Plans communaux de sauvegarde, fiches réflexes et prévention deviennent des outils essentiels dans un contexte de changement climatique.

Mais Aubagne est aussi un laboratoire de politiques publiques. Piscines gratuites pour les enfants, municipalisation des crèches et de la restauration scolaire autour d’une cuisine centrale modernisée, soutien à la vie associative, braderie populaire, Festival international du cinéma : autant d’initiatives qui témoignent d’une volonté de faire de la commune un espace de services publics accessibles à tous.

Les discussions ont également porté sur l’aménagement du territoire. Les élus alertent sur la disparition progressive des terres agricoles de la plaine marseillaise, pourtant essentielles à l’alimentation locale comme au maintien d’activités traditionnelles, notamment la poterie grâce à ses sols argileux. Le financement des équipements sportifs, à commencer par le club de football évoluant au niveau national, constitue lui aussi un enjeu majeur.

À plusieurs reprises, un même constat est revenu : la progression du Rassemblement national dans plusieurs circonscriptions du département oblige les élus de gauche à renouveler leurs pratiques. À Aubagne comme dans d’autres communes, la construction de majorités citoyennes, associant habitants, militants et forces politiques, est présentée comme une réponse durable au sentiment d’abandon.

Cette réflexion s’est poursuivie lors de l’assemblée générale de la Coop au Rove. Face à une extrême droite désormais implantée dans plusieurs communes du département, les participants ont insisté sur la nécessité de répondre d’abord aux préoccupations quotidiennes des habitants : logement, santé, urbanisme, mobilité, services publics.

« Le RN ne se combat pas seulement par des discours, mais en améliorant concrètement la vie des gens », résume un élu. La qualité de l’habitat, les espaces publics, l’accès à la santé, les mutuelles municipales ou encore les centres de santé apparaissent comme autant de leviers pour reconstruire la confiance.

Les échanges ont aussi porté sur le fonctionnement démocratique des collectivités. Plusieurs élus souhaitent que la Coop développe des outils pratiques à destination des élus d’opposition, renforce les formations et améliore la coordination des élus communistes présents dans les différentes institutions, des métropoles aux syndicats mixtes.

La délégation s’est ensuite rendue à la rencontre de Jean-Marc Coppola, maire des 15e et 16e arrondissement de Marseille. Les échanges ont porté sur les politiques publiques conduites dans les quartiers nord, les enjeux de rénovation urbaine, le renforcement des services publics de proximité et la place de la culture comme levier d’émancipation populaire. Les discussions ont également permis d’aborder les défis sociaux auxquels sont confrontés les 15ᵉ et 16ᵉ arrondissements, les coopérations entre les collectivités de gauche ainsi que les moyens de répondre à la progression de l’extrême droite par des politiques publiques ambitieuses et une présence renforcée des services publics.

À Septèmes-les-Vallons, la délégation a découvert une commune confrontée aux difficultés des quartiers populaires mais riche d’un tissu associatif particulièrement vivant. Cuisine solidaire préparant des repas pour les seniors, diffusion de films dans les quartiers, projets culturels mettant en valeur les habitants plutôt que les seuls récits policiers : autant d’initiatives destinées à restaurer la dignité et l’estime de soi.

Les élus insistent également sur les difficultés rencontrées par les travailleurs privés de transports nocturnes, conséquence des contraintes budgétaires pesant sur la Métropole Aix-Marseille-Provence. Plus largement, c’est la gouvernance métropolitaine qui est interrogée, nombre d’élus dénonçant les fortes inégalités territoriales et un système qui éloigne les décisions des communes.

À Martigues, la délégation a poursuivi sa découverte d’un territoire où l’industrie, la mer et les enjeux environnementaux sont intimement liés. La visite de l’exposition consacrée à Ernest Pignon-Ernest a illustré le dialogue permanent entre création artistique, mémoire populaire et engagement citoyen. Les élus ont également découvert le dernier « Calen », emblématique installation traditionnelle de pêche à la poutargue, témoignage vivant du patrimoine maritime martégal et des savoir-faire qui façonnent encore l’identité du territoire.

Les échanges politiques avec les élus martégaux ont largement porté sur l’avenir industriel du golfe de Fos et de l’étang de Berre. Réseau de chaleur alimenté par la biomasse, avenir de la pêche artisanale à Carro, préservation des cétacés, évolution des activités portuaires et industrielles : autant de sujets qui illustrent la nécessité de penser ensemble industrie, environnement et justice sociale. Pour les élus communistes, la transition écologique ne pourra réussir qu’en s’appuyant sur les salariés, les savoir-faire industriels et les besoins des habitants.

À Port-de-Bouc, la délégation a découvert une ville dont les murs sont devenus une galerie d’art à ciel ouvert. Grâce à son festival et à sa politique culturelle, des street artists venus du monde entier y réalisent des œuvres monumentales qui transforment l’espace public et participent au renouveau de l’image de la commune. Cette valorisation de la culture populaire s’inscrit dans une politique plus globale de revitalisation urbaine et de reconquête du cadre de vie.

Là encore, les discussions avec les élus ont dépassé les seules questions locales. Les échanges ont porté sur les mutations industrielles, l’avenir des ports, le logement, l’emploi, les enjeux environnementaux du bassin industrialo-portuaire et la manière de concilier développement économique, protection des populations et transition écologique. Une approche globale qui fait écho aux préoccupations exprimées dans l’ensemble des communes visitées.

Au fil des rencontres, une conviction commune s’est dégagée : les communes demeurent le premier échelon de la République. Mais elles ne pourront continuer à innover sans moyens supplémentaires. Baisse des dotations, tensions sur les budgets métropolitains, difficultés d’accès aux soins, concurrence du secteur privé hospitalier ou encore recul des services publics alimentent le sentiment d’abandon dont profite l’extrême droite.

Avant de regagner l’Île-de-France, la délégation a achevé son déplacement par un long échange avec Jérémie Bacchi, sénateur des Bouches-du-Rhône et secrétaire départemental du PCF. Les discussions ont notamment porté sur les enjeux du cinéma et de la création culturelle, Jérémie Bacchi suivant de près ces dossiers au Sénat, notamment les évolutions du secteur, les concentrations économiques, la situation des exploitants indépendants et les perspectives ouvertes par le projet de rachat d’UGC par le groupe Bolloré.

Les échanges ont également porté sur les data centers, les grands enjeux industriels et portuaires du département, la prévention des incendies dans un contexte de réchauffement climatique, ainsi que sur les outils de formation des élus. Les responsables ont évoqué la nécessité de renforcer les liens entre la Coop et les structures de formation des élus, tout en poursuivant la réflexion sur de nouveaux espaces d’échanges et de production politique.

Enfin, les discussions se sont tournées vers les échéances électorales. Les bons résultats enregistrés par les élus communistes lors des dernières élections municipales constituent, pour les participants, un point d’appui pour préparer les prochaines batailles électorales, au premier rang desquelles les élections sénatoriales. Une préparation qui s’appuie sur un travail de terrain, le renforcement des majorités locales et la volonté de démontrer que les politiques publiques de proximité demeurent le meilleur rempart contre les fractures sociales et territoriales.

Pour Philippe Rio, cette délégation confirme la vocation de la Coop : mettre en réseau les expériences locales, faire circuler les innovations et construire des réponses communes à partir du terrain. Dans les Bouches-du-Rhône, les élus communistes revendiquent une méthode : partir de la vie quotidienne des habitants pour bâtir des politiques publiques capables de répondre aux défis sociaux, écologiques et démocratiques. Une manière, estiment-ils, de redonner confiance dans l’action publique et de démontrer que les collectivités locales restent un rempart essentiel face aux inégalités comme à la progression du Rassemblement national.

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