Île-de-France : quand l’argent public finance des réseaux d’extrême droite

Subventions à des structures proches de Pierre-Édouard Stérin, financement d’associations controversées, rapprochements politiques, bataille culturelle autour de la laïcité ou du « wokisme »… Le groupe Gauche communiste, écologiste et citoyenne (GCEC) du Conseil régional d’Île-de-France, présidé par Céline Malaisé, publie un dossier consacré à la porosité croissante entre la droite régionale et l’extrême droite. Une enquête qui pose, au-delà du débat politique, la question de l’utilisation de l’argent public régional.

Près de 1,92 million d’euros depuis 2019 : c’est le chiffre mis en avant par le groupe GCEC pour mesurer les financements régionaux accordés à des structures qu’il rattache à la « galaxie Stérin » ou qu’il classe à l’extrême droite. Le dossier recense au total 48 subventions, dont 31 concernant des organismes présentés comme appartenant à l’écosystème soutenu par l’entrepreneur Pierre-Édouard Stérin. 

Publié sous le titre Région Île-de-France : enquête sur les liens entre la droite et l’extrême droite, le document démontre que ces financements ne constituent pas une succession de décisions isolées mais s’inscrivent dans une évolution plus large des orientations de la majorité régionale présidée par Valérie Pécresse. 

La « galaxie Stérin » au cœur de l’enquête

Une large partie du dossier est consacrée à Pierre-Édouard Stérin et au projet Périclès, révélé en 2024 par L’Humanité. Ce projet vise à structurer et financer un ensemble d’organidepuis 2019, la Région a voté environ 900 000 euros de subventions bénéficiant à neuf structures que le groupe GCEC rattache à cet écosystème.

Parmi les bénéficiaires cités figurent notamment Familya, Le Réseau des Parents, Marthe et Marie, Laissez-les servir, Solidarité Défense, Défense des Serviteurs de la République, le Centre européen de recherche sur le frérisme (CERIF) ou encore J’aime ma boîte. 

Le dossier détaille les montants accordés. Familya aurait ainsi bénéficié d’une aide de 400 000 euros, tandis que plusieurs structures ont reçu des financements répétés sur plusieurs années. 

Les auteurs s’appuient également sur plusieurs enquêtes journalistiques consacrées à certaines de ces associations. Ils évoquent notamment des controverses autour de leurs positions sur l’IVG, l’éducation affective et sexuelle ou encore leur conception de la laïcité. Ces qualifications et rapprochements sont ceux du groupe GCEC et des enquêtes qu’il cite. DP-extreme-droite-a-la-region-v…

Au-delà de Stérin, plus d’un million d’euros recensés

Le travail du groupe régional ne s’arrête pas au réseau Stérin. Il chiffre à plus d’un million d’euros les aides accordées depuis 2019 à d’autres structures qu’il présente comme situées à l’extrême droite ou proches de courants idéologiques de ce type. DP-extreme-droite-a-la-region-v…

Le dossier s’attarde notamment sur Espérance Banlieues, réseau d’établissements scolaires privés hors contrat. Ses annexes recensent plusieurs subventions, dont 100 000 euros en 2022, 150 000 euros en 2023 et de nouvelles aides en 2024. DP-extreme-droite-a-la-region-v…

Les documents officiels de la Région confirment au moins une partie de ces financements : une convention de 2023 prévoit ainsi une subvention maximale de 100 000 euros au Réseau Espérance Banlieues pour des actions liées à la réussite éducative, à la citoyenneté et à la parentalité. La Région présente pour sa part ce partenariat comme relevant de la prévention du décrochage scolaire et de l’inclusion sociale. 

Cette différence d’appréciation est centrale : là où l’exécutif régional met en avant des politiques éducatives, sociales ou citoyennes, le groupe GCEC conteste le choix de certains bénéficiaires et leur orientation idéologique.

Quand les choix politiques rejoignent la bataille culturelle

Le dossier élargit ensuite son analyse aux décisions politiques prises par la majorité régionale. Ses auteurs citent notamment la suppression de subventions à la Marche des Fiertés en 2025, l’interdiction de l’écriture inclusive dans les documents régionaux ou encore l’organisation de colloques autour de l’islamisme et du « wokisme ». 

Il revient également sur les interventions régulières de membres de la majorité régionale sur CNews, Europe 1 ou dans Le Journal du dimanche, médias que le groupe GCEC inscrit dans cette évolution du débat public. 

Enfin, plusieurs élus régionaux sont cités pour leurs relations ou prises de position vis-à-vis du RN, de Reconquête ou de personnalités de l’extrême droite. Le dossier rappelle notamment qu’une élue issue de la majorité régionale, Murielle Martin Cham, a rejoint en 2026 le groupe RN-UDR. 

Des propositions pour encadrer l’utilisation de l’argent régional

Face au danger, le groupe GCEC avance plusieurs propositions : audit des subventions, arrêt des financements aux organismes qu’il estime liés à l’extrême droite, contrôle renforcé des aides régionales et nouvelle procédure de désignation du référent laïcité.

Il propose également de consacrer au moins 5 millions d’euros par an à la lutte contre le racisme, le sexisme, l’antisémitisme, les LGBTphobies et les discriminations, de renforcer l’éducation populaire et de développer auprès des lycéens des actions d’éducation aux médias et de vérification de l’information. 

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et des régionales de 2028, le groupe entend ainsi déplacer le débat sur un terrain très concret : qui la Région finance-t-elle, pour quelles actions et selon quels critères ?

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